Coup de tonnerre sur la planète fashion. Le célèbre chausseur Christian Louboutin n'a pas l'exclusivité de la semelle rouge.
La légende dit que c’est en 1992 que Monsieur Louboutin peint la semelle d’un escarpin noir de l’un de ses mannequin avec du vernis à ongles rouge, sur un coup de tête. Une idée de génie devenue depuis une véritable signature, faisant rêver des millions de femmes.
Évidemment, Christian Louboutin devient vert de rage quand il découvre des souliers Yves Saint Laurent à la semelle rouge dans un grand magasin new yorkais. La semelle rouge, c'est lui !
Après une proposition de règlement à l'amiable qui sera refusée, le Pape des souliers traîne YSL en justice, et réclame au groupe un million de dollars de dommages et intérêts ainsi que le retrait et l’interdiction de la commercialisation des produits concernés.
Malheureusement pour lui, le tribunal fédéral new yorkais le déboute, le 17 août dernier. Christian Louboutin ne peut s’attribuer seul l’utilisation de la semelle rouge et ce, malgré le fait que l’Office d’harmonisation dans le marché extérieur de l’Union européenne avait reconnu au créateur le droit de «déposer la marque » des chaussures à semelles rouges.
Alors? Scandaleux ou pas ?
Pour ma part, je suis partagée.
Certes, depuis plus de vingt ans, la semelle rouge, c'est Louboutin. Et cela le restera toujours, dans le coeur de toutes les fashionistas.
Toutefois, la couleur rouge et la semelle d'une chaussure sont des choses trop communes pour pouvoir appartenir à une marque. Et comme l'a soulevé avec ironie l'avocat d'Yves Saint Laurent lors de l'audience, bien avant que Louboutin dépose son brevet en 2008, Louis XVI et même Dorothy du Magicien d’Oz portaient des chaussures à semelles rouges. Valentino a d'ailleurs lui aussi revendiqué le fait d'avoir produit ces fameuses semelles bien avant Louboutin.
YSL se défend d'avoir voulu copier quoique ce soit. Et effectivement, les chaussures incriminées existent en vert, rose, bleu et ont pour particularité d'être monocolores sous toutes les coutures. Et finalement, des semelles rouges pour des chaussures rouges, il n'y a rien de plus normal.
L'histoire aurait été différente si les escarpins avaient été noirs...
Les Yves Saint Laurent à l'origine de l'affaire
Il semblerait que Christian Louboutin soit un peu parano avec sa semelle rouge. L'Express nous dit dans un article que le créateur est extrêmement vigilant, s'appliquant à intimider les concurrents à coups de destructions de contrefaçons, relayées en vidéo. Une autre marque brésilienne, Carmen Steffens, a d'ailleurs elle aussi subi les foudres du maître quelques mois après l'ouverture d'une boutique rue de Grenelle à Paris: un courrier du chausseur reprochait l'utilisation de semelles rouges sur certains modèles. Il avait aussi embauché depuis peu un détective privé pour surveiller les ateliers Dior, dont la rumeur disait que des modèles à semelles rouges étaient en cours de création !
Quand on y réfléchit, la démarche du créateur est légitime mais un peu absurde. Comment une couleur primaire peut-elle être un droit exclusif?
C'est comme si l'on interdisait à toutes les marques d'utiliser des sacs en cuir matelassé, sous prétexte que Chanel en est la référence avec son 2.55 !
Finalement, tout ce que Louboutin a gagné, c'est d'avoir fait savoir aux créateurs du monde entier qu'il n'avait plus l'apanage de la semelle rouge... Dommage.
*Louboutin voit rouge, copyright déposé par Audrey G. ;-)