La liste de mes envies

... aller au cinéma, au théâtre, au musée, en Californie, au Brésil, manger des oursins, du foie gras, boire du champagne rosé, lire tous les livres que j'achète, boire un café en terrasse dans la lumière du matin, jardiner, faire du vélo sur le bord de la Loire, chanter, danser toute la nuit, rencontrer de belles personnes, jouer avec un bébé, caresser un chiot, pleurer en regardant un film, en écoutant une musique, aller à l'opéra, rentrer en taxi, rencontrer un bel inconnu, partir dans les îles, à New York, à Cuba, en Corse, acheter une jolie maison de campagne, ramasser des champignons, boire du thé, apprendre à jouer de la guitare, à coudre, à être romantique, cueillir des fleurs, sourire dans le métro, redonner vie à mon blog, écrire un livre, prendre des photos, aller au marché, aider une vieille dame dans la rue, faire des barbecues, m'acheter des chaussures, manger des glaces, regarder les gens, voir la mer, faire la sieste dans un hamac, avoir un bel appartement haussmannien, danser le tango, porter une robe longue, aller à un mariage, faire un safari, manger du crabe et des bigorneaux, rire, me faire du souci, ne plus y penser, être surprise, recevoir des fleurs, du parfum, une lettre, aimer, être aimée, regarder par la fenêtre, croire en moi, en lui, rester dans mon lit, laisser le soleil passer entre les rideaux, faire du café, aller voir Grand ma, vivre à Marseille, avoir un scooter, porter des talons, dîner avec des amis, partir seule en voyage, rentrer, faire la cuisine, regarder le feu crépiter, les étoiles, marcher les pieds dans l'eau, boire une menthe à l'eau, se mettre à l'ombre, l'odeur du sel et du soleil sur sa peau, manger des olives, des poivrons à l'huile, l'odeur de la pluie, de la lavande, ne pas se presser, courir dans les bois, déconnecter, imaginer des histoires...


RING au Théâtre du Petit Saint Martin


« Je voudrais que les spectateurs sortent de Ring aussi épuisés qu'après avoir assisté à un combat de boxe, le désir au ventre de retourner à la vraie vie pour aimer et panser les blessures» disait l'auteur Léonore Confino. Avec une plume acérée, une mise en scène chirurgicale et de subtils jeux de lumière, Ring nous raconte le combat de la vie à deux. Les élans passionnels, les doutes, les jalousies, l'usure et la fin.
En dix-huit scénettes, Audrey Dana et Sami Bouajila, athlétiques et remarquables de justesse, nous parlent droit au coeur.

Les non-dits, les regrets que l'on se jette à la figure, les aspirations qui divergent ou pas, d'ailleurs.

La métaphore du combat de boxe est tristement réaliste. 
Chacun veut lutter pour sa singularité, tout en essayant d'atteindre un idéal tout ce qu'il y a de plus conventionnel. On s'arrange, on ajuste, on se persuade, parfois ça marche, souvent non.
Chacun veut gagner, tant pis si on s'écorche au passage, si on oublie ce qui était si beau au début. On s'arme, on s'endurcit, on feint, parfois ça marche mais souvent tout le monde perd.

"On n'a pas su trancher. Ça faisait des années qu'on se disait que notre vie commencerait plus tard, bientôt, un jour. Quand on aurait changé de patron, quand on aurait un enfant, quand on gagnerait plus d'argent, quand on ferait plus de sport, plus l'amour. A force de faire des projets on est devenu des projets", se lamente l'une des femmes interprétée par Audrey Dana.

Le combat qui se livre sous nos yeux nous interpelle. Il ressemble à s'y méprendre à celui qu'on est en  train de mener, chez nous, en privé. Les élans, les doutes, les jalousies, l'usure et peut-être la fin... 
Finalement, on fait comme tout le monde, on prend des coups et on en donne. Quitte à oublier que "Ring" en anglais, c'est aussi l'anneau, l'alliance...



Ring 
du mardi au vendredi à 21h et le samedi à 16h et 21h jusqu'au 4 janvier 2014.

Je reviens.


Au détour de la rue, je la vois. Elle attend que le feu passe au vert pour traverser. Elle n'a pas changé. Toujours aussi belle.
Chaque jour et chaque nuit, je me suis rappelé son visage. Ses grands yeux noirs, ses lèvres, son sourire. Chaque jour et chaque nuit, j'ai tenté de me souvenir de son odeur et du grain de sa peau.
Elle rentre dans le café, me voit et vient s'installer en face de moi. Elle a ce petit sourire, un peu gêné.

- Bonjour Angèle...
- Bonjour...

Un an et six mois que je suis parti. Parti pour le boulot, une occasion en or, comme celle qui ne se présente qu'une fois et qu'il faut saisir.
Il était bien rodé mon discours. Notre couple traversait une épreuve, je suis parti dès que j'ai pu, cette occasion professionnelle tombait à pic.
Ne dis t-on pas que l'herbe est plus verte ailleurs? Et puis je n'aimais plus Paris.

- Comment vas-tu ? Je suis si content que tu aies accepté de me voir, lui dis-je.

Comment lui dire qu'elle m'avait tant manqué, que pas une seconde je n'ai cessé de penser à elle.
Je voulais savoir si elle avait reçu mes lettres, mes cadeaux.

- Je n'ai pas beaucoup de temps, dit-elle.
- Angèle, je sais que tu m'en veux. D'être parti. De t'avoir laissée seule. Mais je ne t'ai jamais quitté. Je ne l'ai jamais voulu. J'ai toujours pensé à toi. 

J'avance ma main vers la sienne, elle la recule.

- Tu es parti, pourtant.
- Je reviens. Je reviens, je suis là maintenant. C'était une belle expérience, mais c'est terminé.

Elle me regarde avec ses immenses yeux noirs, ils brillent.

- Je t'avais dit que je ne t'attendrais pas, Julien. Je te l'avais dit...
- Angèle...
- Tu m'as laissée alors que j'avais besoin de toi. Tu m'as laissée alors que nos amis se mariaient, avaient des enfants. Tu m'as laissée en m'humiliant et en criant sur les toits que tu étais heureux de partir. Tu m'as laissé si seule...

Des larmes coulaient sur ses joues.

- Angèle...
- Ce n'est plus la peine, Julien, se reprit-elle. Je suis guérie. J'ai appris à vivre sans toi.
Tu reviens peut-être, mais moi je suis partie depuis longtemps.

Elle se lève, se dirige vers la porte, se retourne une dernière fois et sors.

La Vie d'Adèle



Synopsis: À 15 ans, Adèle ne se pose pas de question : une fille, ça sort avec des garçons. Sa vie bascule le jour où elle rencontre Emma, une jeune femme aux cheveux bleus, qui lui fait découvrir le désir et lui permettra de s’affirmer en tant que femme et adulte. Face au regard des autres Adèle grandit, se cherche, se perd, se trouve...


Difficile pour un film comme celui-ci d'entamer sa vie "publique".
Après un triomphe à Cannes, des critiques dithyrambiques, un matraquage médiatique ponctué de polémiques et de couvertures à gogo, "La vie d'Adèle" ne laissait personne indifférent bien avant sa sortie.

J'avais plusieurs raisons de ne pas aimer ce film. Déjà, je me méfie toujours de l'unanimité des critiques qui crient au génie. Souvent, cela me laisse de marbre et pire, j'y vois un snobisme qui permet de séparer les spectateurs en deux catégories, ceux qui s'y connaissent et les autres. Ensuite, je n'aime pas Kechiche. Il ne m'est pas sympathique et j'ai détesté ses films (l'Esquive, la Vénus noire et la Graine et le mulet). Enfin, les premiers avis m'ont décrit un film terriblement long avec des scènes de sexe déplacées et sans grand intérêt.
C'était donc mal parti. Mais n'est-ce pas finalement la meilleure des situations pour se laisser surprendre ?

Autant le dire tout de suite, j'ai absolument adoré. Ce film m'a bouleversé et touché comme jamais.
On s'en moque très vite que ce soit l'histoire de deux filles. Si ce n'est pour montrer la difficulté qui existe encore aujourd'hui à dire que l'on est homosexuel, ce film raconte l'amour, le début, le milieu, la fin.

Le parti pris de Kechiche de suivre Adèle au plus près de son visage, de ses lèvres et ses cheveux fait que pendant trois heures, nous sommes elle, nous respirons, mangeons comme elle, nous vivons ce qu'elle vit.
Adèle est fascinante, laide et si jolie en même temps, d'un naturel confondant. 
Elle est souvent seule. Elle cherche quelque chose de simple et d'évident, si compliqué à trouver. 

Sur fond de différence de classe sociale - Emma est une artiste issue d'une famille aisée où l'on mange des huîtres et parle peinture - Kechiche raconte la vie, la célèbre et nous en conte les joies et les peines.
La relation entre Emma et Adèle est si fusionnelle qu'elle élude tout le reste. Le sexe y est urgent, nécessaire, vital. Les scènes d'amour - parce que c'est de ça dont il s'agit, finalement - sont crues et réalistes. Et c'est parce qu'elles sont bien loin du traitement édulcoré, fantasmé et patriarcal dont on a l'habitude, que certains poussent des hauts cris. Elles servent pourtant le film, Kechiche nous raconte une histoire d'amour et le sexe fait partie de l'histoire.

J'étais Adèle quand Emma lui dit de sortir de sa vie. J'ai ressenti le vide, l'absence, le manque douloureux de la séparation. 
J'ai été émue aux larmes quand Emma lui parle de sa nouvelle vie, ce moment déchirant où l'on sait qu'il va falloir accepter que l'autre ne nous aime plus, qu'il sourit et respire sans vous, que vous n'en faites plus partie.

Avec La vie d'Adèle, Kechiche m'a parlé au creux de l'oreille. Et c'était merveilleux.

Le Parfum.




Je n'ai jamais été fidèle à mes parfums. 
Une odeur m'attire, puis me lasse très vite. Trop fort, trop sucré, trop commercial, trop populaire et trop volatile. Et puis trop de choix.

L'odorat est mon sens le plus développé. J'aime sentir, ressentir. 
Rien ne me stimule plus la mémoire qu'une odeur entraperçue, fuyante, qui délivre des émotions, des instants passés avec des personnes aimées.
Car si je ne suis pas fidèle, j'aime que les gens qui m'entourent le soient. 
J'aime les retrouver eux et leur odeur. Ainsi c'est si facile de se souvenir. Si facile de les avoir près de soi quand ils nous manquent...
Ma mère portait Trésor de Lancôme. Aujourd'hui, elle ne le porte plus, mais quand je sens ce parfum, je suis dans ses bras, la tête enfouie dans son cou.
Mon grand-père portait Pour un homme de Caron et maintenant encore ses effluves de lavande me rappellent les heureux moments passés dans sa belle maison en Charente...

Il y a quelques mois, j'ai choisi. Le coup de foudre. Le vendeur d'un grand magasin me happe et me parfume le poignet. Le monde s'arrête, c'est si évident. 

C'est lui. C'est moi.